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Au fil de ma plume s'écrivent des mots d'amour

Cassiopée (Chapitre 4)

 

Chapitre 4

Cogitations

 

Comment Cassiopée avait-elle pu lui dire cela ?

Pour Haniel, la peur était une faiblesse. La pire des faiblesses. Il fallait ne pas l'avoir connue pour penser qu'elle pouvait être une force.....

Et pourtant, les mots susurrés par l'enfant tournaient en boucle dans sa tête. Ils emplissaient l'espace. Sur les murs nus de sa chambre, il les voyait se dessiner, s'imprimer en lettres majuscules.

 

Qu'il soit un homme empli de peurs ne faisait aucun doute. Il en avait même toutes les caractéristiques physiques. Le teint pâle de celui qui ne voit jamais le jour. Les yeux hagards. Le dos courbé et le sourire absent. Un homme fort, c'était autre chose ! Pour sûr ! Lui se tenait debout, le regard franc et décidé. Ses muscles saillants rassuraient. Sa stature aussi. Altière. Presque hautaine.

Il avait honte. Parce qu'il savait qu'il ne pouvait que décevoir Cassiopée. Elle était venue jusqu'à lui. Elle était descendue de la lune pour se blottir dans ses bras et lui dire ces mots-là. Alors, sans doute croyait-elle en lui. Mais elle se trompait ! De toute évidence, il n'avait rien d'un héros ! Tous les exploits qu'il avait accomplis jusqu'ici n'avaient été que purs hasards. La première nuit, s'il était sorti de chez lui sans sa bulle, c'était sans en avoir conscience. Et la seconde fois, lorsqu'il avait navigué sur le lac, il l'avait fait contraint et forcé. Sans le décider.

Pourtant (Et Haniel le savait mais sans vouloir se l'avouer), il avait fait des choix. Des choix qui l'avaient mené là, assis sur ce lit, dans la pénombre, le corps tétanisé et la tête en ébullition.

N'avait-il pas mis la clé dans la serrure lorsqu'au fond d'un tiroir, il l'avait retrouvée ?

N'avait-il pas décidé d'entrer dans l'interstice qui séparait l'angle de la maison du sapin planté devant ?

Et surtout, n'avait-il pas rejoint la maison à pied, hors de sa bulle, après avoir marché sur les eaux du lac ?

S'il était désormais bloqué dans sa chambre, il ne pouvait s'en prendre qu'à lui. Il avait fait des choix. Des mauvais choix, certes. Mais des choix quand même.

Et pour sortir de là, il lui faudrait en faire un autre. Mais cette fois, il ne voulait pas se tromper.

Mourir en était un. Bizarrement, c'était celui qui lui semblait le plus facile. Parce qu'il n'avait rien à faire pour cela. Il suffisait de rester là à attendre. Cesser de manger. Cesser de boire. Et laisser le sommeil le gagner. Cassiopée sans doute serait triste de le savoir parti. Mais elle s'en remettrait. Il lui laisserait une belle lettre manuscrite. Il lui dirait qu'il l'aimait, mais qu'il n'avait pas pu faire autrement que de la laisser, qu'elle survivrait sans lui, comme avant de le connaître, qu'elle était pleine de ressources, qu'elle était forte.

Forte ?

Il comptait donc sur sa force à elle pour pallier sa propre faiblesse ?

Il eut tout à coup conscience de la lâcheté d'un tel projet. Et pourtant, il n'en voyait pas d'autre. A part.... Il n'osait même y penser. A part vivre sans bulle. A cette idée, il éclata d'un rire cynique et désespéré. C'était impossible sans que le hasard ou la folie s'en mêlent. C'était se donner en pâture. Être totalement vulnérable. Se livrer tout entier aux aléas. Affronter le vent, la pluie et le soleil cuisant. Sentir sous ses pieds le sable, la terre ou l'asphalte. Et ainsi, se soumettre aux émotions. Car pouvait-on traverser la vie comme ça, sans bulle, sans carapace, et ne rien éprouver ?

Bien sûr, peut être ressentirait- il encore cette plénitude qui l'avait étreint lorsqu'il avait contemplé le lac pour ce qu'il était, écouter le vent pour ce qu'il disait. Lors de cette première nuit. Mais s'il devait aussi revivre la sueur, les tremblements, les vertiges, les palpitations, c'était non ! Il avait déjà essayé. Il avait déjà cru que l'amour le rendrait plus fort. Et il s'était fourvoyé. L'amour était une illusion. Car si l'espace d'un instant, il lui avait donné la sensation extraordinaire de voler en légèreté, il avait fini par le trahir... Soudain, sans prévenir, il avait disparu, et alors, du haut du ciel, Haniel était tombé. Sans pour autant s'écraser. Car il n'avait pas encore touché le sol. Sa chute était interminable et l'emportait dans un vide infini. Sa propre vie.

 

Haniel décida donc de choisir sans choisir. Il ferait ce qui lui demanderait suffisamment de courage pour ne pas décevoir Cassiopée, mais engagerait aussi le moins de risques possible pour lui : il sortirait chercher sa bulle.

Vers elle, il marcherait. Et d'une lame tranchante, il la lacérerait. Ainsi dans le sas, il la ramènerait, pour la réparer. Il devait bien y avoir quelques rustines dans la maison....

 

 

 

*

 

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